François Hollande après son entrée réussie en campagne du Bourget fait la course en tête. Il prend « 60 engagements » pour la France et promet que « tout ce qui est dit sera fait durant le quinquennat ». Le candidat socialiste veut «changer de perspectives et de méthodes ». L’UMP dénonce une vision « passéiste » qui menace la pérennité de notre modèle social ». Nicolas Sarkozy – toujours pas candidat – joue son va tout sur six chaînes télévisées, le 29 janvier.
Incontestablement depuis son premier meeting réussi du Bourget, (56% des Français l’ont trouvé convaincant, selon un sondage BVA), François Hollande fait maintenant la course en tête à moins de trois mois de l’élection présidentielle. Nicolas Sarkozy semble empêtré dans son costume de Président de la République alors que les mauvaises nouvelles se succèdent entre la dégradation de la note de la France par Standard & Poor’s et le nouveau record du chômage en 2011 venant clore quatre années de hausse consécutive.
François Hollande a présenté, le 26 janvier pendant une heure, un programme détaillé et chiffré fondé sur « un effort de volonté et de justice » qui se place dans une période difficile puisque, a-t-il dit clairement « nous sommes entrés en récession ».
Si l’on peut relever quelques reculs par rapport au programme socialiste – l’allocation autonomie pour les jeunes sera appliquée « quand nous aurons les ressources financières nécessaires » a-t-il dit par exemple – c’est parce que le candidat socialiste a pris l’engagement que « tout ce qui a été dit sera fait durant le quinquennat ». En commençant par les réformes de structures qui, elles en seront faites « vite ». C’est ainsi qu’en matière de retraites ceux qui ont commencé à travailler tôt et ont quarante et un ans d’annuités pourront partir immédiatement. « Cela coûtera un milliard d’euros en 2012 et cinq milliards fin 2017 ». Le coût sera compensé par un prélèvement de 0,01% sur les salariés et les patrons.
Tout au long de sa conférence de presse, François Hollande a insisté sur le fait qu’il voulait « changer de perspectives et de méthodes » par rapport à « celui qui nous fait compétition non déclarée » ou qu’il qualifie de « prédécesseur » prenant ainsi le risque de « parler déjà au futur » a-t-il lancé sur un ton amusé. Le changement de méthode sera particulièrement perceptible pour les logements sociaux, l’Etat libérant tous les terrains alors qu’en contre partie, les collectivités locales s’engagent à construire des logements dans un délai de cinq ans. Dans un tout autre domaine celui de la corruption, il a précisé que pour des élus condamnés, il sera impossible de se représenter avant dix ans. Quant à la réforme du système bancaire a-t-il dit « nous ferons en sorte d’être exemplaires ».
Le candidat socialiste a été soucieux aussi de répondre aux critiques qui lui avait déjà été adressées par les membres du gouvernement en chiffrant le rétablissement des comptes publics à 29 milliards (11,8 sur les plus hauts revenus et 17,2 milliards pour les entreprises et les « niches fiscales »), les nouvelles mesures devant être financées à hauteur de 20 milliards. Autre précision importante, François Hollande a indiqué que les dépenses de l’Etat augmenteront de 1% en volume chaque année et que les classes moyennes ne seront pas pénalisées (pour le quotient familial, « les familles disposant de revenus jusqu’à six fois le SMIC auront le même dispositif »). En revanche, a-t-il précisé, seront touchés « les plus hauts revenus qui ont bénéficié de 75 milliards de cadeaux fiscaux depuis le début du quinquennat ».
Les « 60 engagements » de François Hollande s’efforcent de respecter la plupart des promesses contenues dans le programme socialiste – la part du « rêve français » – tout en tenant compte des réalités économiques du moment et du chômage record. Cette présentation apparaît comme un nouveau temps fort de la campagne présidentielle, une proposition d’alternative. Car, objectivement, les données économiques, sociales sont mauvaises. L’adversaire qu’il devait affronter le 26 janvier à la télévision, Alain Juppé, reconnaissait lui-même lorsqu’il était premier ministre qu’à moins de 2% de croissance, les élections étaient perdues d’avance pour le pouvoir en place…. On est même plus certain d’avoir en 2012, une croissance positive comme le prétend François Hollande et le ministre du travail Xavier Bertrand laisse entendre que l’on pourrait même atteindre les 3 millions de chômeurs (contre 2 ,87 millions en décembre 2011) !
Les « retombées » politiques de ces contre-performances économiques et sociales commencent d’ailleurs à se faire sentir. Les sondages font apparaître que mise à part la stature présidentielle reconnue à Nicolas Sarkozy, le chef de l’Etat est devancé sur tous les autres secteurs (politique, économique, sociale, sécurité etc. par François Hollande voire même François Bayrou ou Marine Le Pen). Certains députés UMP inquiets sur leur sort aux prochaines législatives demandent au président de la République d’entrer plus rapidement en campagne même si l’Elysée s’en tient toujours à une campagne brève avec une entrée en lice fin février.
La prestation télévisée du chef de l’Etat le 29 janvier sur les deux chaînes généralistes TF1 et France 2 ainsi que sur les trois autres chaînes d’actualité et la chaîne parlementaire soit six au total – du jamais vu – apparaît donc cruciale. Car, en effet, Nicolas Sarkozy est à la recherche d’une nouvelle stature. Il veut se débarrasser de son étiquette « bling bling » du début du quinquennat (un livre de confessions personnelles serait en préparation) ; Il ne veut pas se lancer trop tôt dans la bataille électorale tout en donnant des consignes précises à ses amis de l’UM au jour le jour.
L’UMP derrière Jean-François Copé est donc incitée à « pilonner » les « 60 engagements » de François Hollande qu’ils assimilent à celles qu’auraient pu faire Jacques Duclos ou Georges Marchais. Valérie Pécresse, très en pointe, estime dans « Le Figaro » du 26 janvier que les propositions de François Hollande « menacent la pérennité de notre modèle social ». Le parti majoritaire a produit trois documents de campagne pour « rétablir la vérité sur notre bilan » ; « défendre la famille face aux attaques du PS » et présenter le projet 2012 de l’UMP intitulé «protéger et préparer l’avenir des enfants de la France ». Le conseil national de l’UMP qui se réunit le 28 janvier en présence du premier ministre lancera donc une campagne active de remobilisation.
De leur côté, les élus locaux socialistes derrière le président des départements de France (ADF) Claudy Lebreton qui se présente en privé comme le « général en chef des troupes socialistes » et Marylise Lebranchu (présidente de l’association des élus socialistes er républicains) vont s’efforcer de faire relayer sur le terrain régional, départemental et communal, les « 60 engagements » de François Hollande. Le candidat socialiste a d’ailleurs prévu le 3 mars, de tenir un meeting à Dijon où il avancera ses propositions en matière de décentralisation et de fiscalité locale.
Ouverte, le 22 janvier par le discours du Bourget de François Hollande et clôt par l’entretien télévisé du président non encore candidat, Nicolas Sarkozy, cette semaine marquera un tournant dans la campagne…avec, pour l’instant, un net avantage pour le candidat socialiste. A suivre.
François Gervais