François Hollande a marqué un essai avec le lancement réussi de sa campagne. Il peut le transformer en victoire probable s’il parvient le 26 janvier à « chiffrer » de façon crédible sa plateforme – présidentielle. Nicolas Sarkozy peut-il encore se maintenir longtemps au dessus de la mêlée ? Il va réagir et contre-attaquer.
François Hollande a réussi son entrée en campagne. Le meeting du 22 janvier du Bourget restera dans l’histoire du futur président – s’il est élu en mai prochain – comme le discours- fondateur de référence d’une campagne victorieuse. C’était mal connaître le député de Corrèze, habitué des meetings comme des réunions de préaux, de croire qu’il pourrait se « planter ». D’ailleurs, les snipers de droite ont reconnu qu’il avait réussi son entrée en campagne dans la forme.
Le candidat socialiste devait prouver qu’il était à la fois rassembleur dans son parti et capable de représenter toute la gauche. Les embrassades avec les principaux dirigeants du PS notamment Martine Aubry et Laurent Fabius mais surtout avec Jérôme Cahuzac, son futur ministre de l’économie, ont montré qu’ils étaient tous derrière lui. Ce qu’a confirmé le porte-parole du PS, Benoît Hamon, le 24 janvier, qui l’avait pourtant défié quelques jours plus tôt et a été battu à propos du redéploiement des 60 000 enseignants prévus dans le futur programme du candidat. Le point central de son discours, l’attaque contre son ennemi principal – « le monde de la finance » – arrivé en point d’orgue est susceptible de rassembler largement à gauche voire à l’extrême gauche.
Mais la surprise, l’habileté de François Hollande, a consisté à placer sa candidature sous l’étendard de la République avant de terminer son meeting sur une « Marseillaise ». Même s’il n’a pas fait allusion à la précédente campagne de Ségolène Royal, François Hollande a remplacé le mot fétiche de l’ancienne candidate socialiste « Fra-ter-ni-té » par celui plus républicain d’ « E-ga-li-té » !. Outre l’exercice obligé du rassemblement des socialistes et du camp de la gauche, François Hollande a ajouté un corpus laïc susceptible d’attirer vers lui les républicains de progrès. Du camp d’en face. Du cousu main exclusivement de son cru. Pratiquement un sans faute même s’il a été moins convaincant dans la dernière partie de son discours sur le « rêve français » avec cette saillie ronflante « la France n’est pas un problème, la France est une solution ! »…
Excellent dans la forme, François Hollande est resté dans un certain flou sur le fond. Car si « François Egalité » s’est ancré à gauche avec l’énoncé de mesures aussi symboliques que le « tarif social de l’eau » (pas cher pour les consommateurs d’eau potable mais plus cher pour ceux qui remplissent leurs piscines…) sur le fond, il est resté relativement prudent. Rien n’a été dit de fondamental sur les moyens de résorber la dette publique, le nouveau contrat sur les retraites ou le moyen de refonder le pacte franco-allemand avec Angela Merkel : tous ces sujets se révèlent pourtant décisifs pour la réussite de son éventuel quinquennat, avec le fameux l’acte III de la décentralisation et les nouveaux rapports entre l’Etat et les collectivités locales.
C’est précisément là dessus que François Hollande peut transformer son essai le 26 janvier lors de sa conférence de presse pour présenter sa plateforme présidentielle et son face à face avec Alain Juppé à la télévision. Toutefois, le fameux « chiffrage » du projet s’avère encore plus périlleux que la présentation de son discours programme. François Hollande n’a pas intérêt à manquer cette étape décisive. Car la moindre de ses propositions va être désormais passée au crible par le camp adverse. Il est donc tout à fait prématuré de penser qu’à partir de cette première épreuve réussie du lancement de sa campagne, François Hollande aurait partie gagnée pour l’Elysée 2012.
Car, les premières réactions du camp de Nicolas Sarkozy – « la crise a été la grande absente de ce discours » a dit Henri Guaino tandis que Bruno le Maire dénonçait « un discours du monde d’hier avec les mêmes vielles recettes » rendues caduques par la crise – permettent de le penser : c’est à une véritable entreprise de démolition vis-à-vis de la crédibilité de la plate-forme du candidat socialiste que se préparent les proches du candidat-président de droite. Il faut espérer que les mesures proposées par Laurent Fabius (pour la première année) et celles du duo réformiste composé de l’ancien ministre de l’économie, Michel Sapin et du président socialiste de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Jérôme Cahuzac, seront en béton. Si c’est bien le cas, Nicolas Sarkozy aura du souci à se faire.
A moins que le président –candidat ne sorte de son chapeau un joker économique et social performant lors de son émission télévisée du 29 janvier. Bruno Le Maire affirmait le 23 janvier sur France-Inter qu’ « il y a un certain nombre de décisions économiques, sociales, lourdes à prendre, pour construire un nouveau modèle économique et social français qui marche dans le monde actuel ». C’est à l’évidence ce que Nicolas Sarkozy veut faire à travers sa TVA sociale et l’assouplissement du temps de travail en cours d’élaboration au gouvernement. Du coup, les propositions « républicaines » de François Hollande risqueraient d’apparaître « plan-plan »ou « décalées » par rapport à ce nouvel électrochoc économique et social sortie comme par miracle en fin de mandat.
L’entrée en campagne réussie de François Hollande ne lui donne pas un bon de sortie automatique pour l’Elysée en 2012. Loin de là. Il doit encore réussir une deuxième étape décisive : la présentation d’un programme présidentiel crédible. Le candidat socialiste vient de prendre un avantage psychologique sur le candidat-président puisque désormais, il fait la course en tête et place ses propositions au cœur du débat présidentiel.
François Gervais