Pour sortir de cette pré-campagne à la fois atone et hystérique. François Hollande largement favori doit fendre l’armure puis préciser son programme présidentiel les 22 et 26 janvier. Des interrogations dans le camp du président de la République sur l’annonce de sa candidature : février ou mars ? En tout état de cause après l’annonce des mesures « anti-crise » de fin janvier.

La campagne présidentielle en ce mois de janvier marqué par les vœux s’est révélée à la fois atone sur le plan des propositions et quelque peu hystérique dans les comportements. D’un côté les accusations à l’encontre du chef de l’Etat dévalué accusé d’avoir « dégradé » notre pays ; de l’autre des mises en garde sur les conséquences d’une victoire de la gauche qui entraînerait un cataclysme comparable à celui d’une « guerre » !
Cette violence des déclarations provenant aussi bien de dirigeants de l’UMP que du PS a masqué en fait, l’absence de débats de fond sur des mesures programmatiques précises entre les deux camps. Alors même que l’aile gauche du PS s’inquiétait d’un simple « redéploiement » au sein de la fonction publique des 60 000 enseignants promis par François Hollande, la majorité des députés UMP ne voyait rien venir de très performant travers la « réorientation » des 430 millions de crédits déjà votés pour la formation et l’emploi des chômeurs… Les Français se montrent d’ailleurs très sceptiques sur l’impact du sommet du 18 janvier (72% n’y croient pas, selon un sondage BVA) à paraître le 21 janvier. D’un côté comme de l’autre, pas de quoi intéresser réellement le peuple de France comme le disent en chœur François Bayrou et Marine Le Pen !
Or, les socialistes misent toute leur campagne sur la volonté de changement après un quinquennat qu’ils qualifient comme celui de l’échec sur tous les tableaux avec un million de chômeurs en plus, des déficits publics et commerciaux abyssaux etc. Le « rêve français » de François Hollande vendu pendant les « primaires » socialistes doit ainsi être revu au regard de la situation économique et sociale de notre pays par les propres réflexions de François Hollande. D’où les « flottements » enregistrés ces dernières semaines entre socialistes sur des questions comme le quotient familial ou les 60 000 enseignants supplémentaires, ce qui donne un sentiment d’impréparation.
A cela s’ajoute le manque de charisme de François Hollande lui-même. Une gestuelle un peu rétro dans ses discours et prestations télévisées ; des critiques venues de son propre camp sur le côté « mou » ou « non autoritaire » de son caractère ; un état-major de campagne pléthorique qui l’encombre davantage qu’il ne le sert. D’où l’importance cruciale de ce premier rassemblement régional du Bourget du 22 janvier où sont attendues quelque 10 000 personnes qui sera suivi le 26 janvier de la présentation de la plateforme présidentielle avec des éléments chiffrés comme l’a indiqué le 20 janvier Manuel Valls, le porte parole de François Hollande. Le soir même de ce 26 janvier, le candidat socialiste sera l’invité d’une émission spéciale de France 2 au cours de laquelle il affrontera le « numéro deux » du gouvernement, Alain Juppé. Il sera question sans doute d’un nouvel accroc militaire dans la conduite de la politique étrangère avec la mort de quatre soldats français en Afghanistan, le 20 janvier.
Il est temps que la campagne de François Hollande décolle. Le candidat du PS doit clarifier les grandes options de gauche du programme socialiste mais convaincre sur la manière dont il aura à les appliquer au cas où il serait élu en mai prochain à l’Elysée. Il lui faut réussir ce 22 janvier au Bourget, ce que son futur probable adversaire, Nicolas Sarkozy avait fait le 14 janvier 2007 lors de son meeting du Palais des Sports de Paris. : un lancement populaire et crédible de sa campagne présidentielle. Tous les socialistes seront derrière lui comme viennent de le prouver Laurent Fabius (lors de sa conférence de presse du 16 janvier sur la perte du triple A) et Martine Aubry en répliquant aux mesures sociales annoncées le 18 janvier. Ils seront d’autant plus incités à se placer dans son sillage que le dernier sondage BVA-RTL-presse régionale du 21 janvier place en tête le candidat du PS avec 30% alors que Nicolas Sarkozy est largement distancé avec 23% seulement en recul d’un point. De plus, l’écart entre le Président-candidat et Marine Le Pen (18%) se resserre – il n’est plus que de cinq points – et François Bayrou progresse de deux points (13%) et double son capital de confiance par rapport à novembre. Les candidats « hors système » ont le vent en poupe. Et cela au détriment essentiellement de Nicolas Sarkozy.
D’où les interrogations qui commencent à poindre dans son propre camp sur la meilleure date de son entrée en campagne. De leurs rencontres avec la population, certains députés UMP estiment que les gens ont l’impression que tous les candidats battent la campagne sauf lui. « Il faut y aller !» préconisent ceux qui lui demandent d’annoncer sa candidature dans la première quinzaine de février. De fait, la tactique du « président-protecteur » des Français semble avoir été mise à mal par l’échec du sommet sur la crise du 18 janvier et surtout l’impact psychologique négatif de la dégradation de la note triple A par Standard & Poor’s.
A l’Elysée, on s’en tient cependant à une entrée lice tardive du chef de l’Etat au mois de mars comme l’avait fait François Mitterrand en 1988. Selon ses conseillers, un mois de campagne suffit à Nicolas Sarkozy pour rattraper son retard et faire la différence. Pour l’instant, ils pensent qu’il doit continuer à capitaliser son action notamment avec la sortie de crise. Les milieux économiques attendent en effet des annonces sur la TVA sociale et la diversification du temps de travail pour le tout début février. En restant à son poste de vigie présidentiel à l’Elysée, Nicolas Sarkozy conserve la haute main sur les moyens audiovisuels. Pour populariser les mesures « anti-crise » qu’il compte annoncer après la séquence Hollande, en principe le 29 janvier à la télévision.
Quoi qu’il en soit, candidat déclaré ou pas, le chef de l’Etat doit s’attendre à une session parlementaire extraordinaire fort mouvementée s’il veut faire passer en force in extremis des réformes essentielles portant sur la TVA « anti-délocalisations » ou l’assouplissement du temps de travail. Le président du Sénat Jean-Pierre Bel a fait savoir le 19 janvier que la nouvelle majorité de gauche de la Haute assemblée « se battra jusqu’au bout et de toutes ses forces » contre de tels projets.
Force est de constater que si l’image de battant du chef de l’Etat reste solide en France – un récent sondage lui accorde la première place loin devant ses concurrents éventuels pour défendre le mieux les intérêts de notre pays en période de crise – elle est fortement atteinte au point de vue européen et international. D’abord vis-à-vis de l’Allemagne, Mme Merkel incarne désormais le leadership européen. De même, les relations avec les Etats-Unis d’Obama ne sont pas excellentes : le président américain vient de citer parmi ses amis en Europe, Mme Merkel et pas Nicolas Sarkozy. Enfin, au parlement européen qui vient d’élire à sa tête un social démocrate allemand Martin Schultz, un tiers des eurodéputés de la majorité présidentielle ont voté le 18 janvier, une résolution dans laquelle ils expriment leurs doutes « sur la nécessité et la désirabilité d’un accord intergouvernemental » pour le traité souhaité par la chancelière allemande et le président français pour mars prochain !
François Gervais

Explore posts in the same categories: Non classé

Répondre

Please log in using one of these methods to post your comment:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.