Le sommet social du 18 janvier initialement prévus pour arrêter de mesures d’urgence contre la flambée du chômage peut-il permettre de prendre des mesures structurelles économiques et sociales après l’électrochoc de la dégradation du triple A ? Nicolas Sarkozy et le Medef le souhaitent, les syndicats refusent de se laisser « instrumentalisés ».
Le « sommet sur l’emploi » annoncé par Nicolas Sarkozy en décembre pour arrêter des mesures d’urgence face à la flambée du chômage a été rebaptisé « sommet sur la crise » par le président-candidat qui a annoncé son intention de s’adresser aux Français d’ici à la fin janvier ou début février pour leur faire connaître les mesures qu’il compte faire prendre au gouvernement pour améliorer la compétitivité de notre pays. A l’ordre du jour de ce sommet dont quatre thèmes sont connus – accords de compétitivité, coût du travail et financement de la protection sociale, chômage partiel et formation des chômeurs, taxe Tobin -, le premier ministre a ajouté, le 17 janvier, en recevant les députés de l’UMP à Matignon, « la hausse de l’offre de logements »
Fait particulièrement significatif et inquiétant : depuis 2000 la France est passée d’une position d’excédent commercial régulier à celle d’importateur net. Plus encore que la dette publique française passée de 1209 milliards d’euros (67,5% du produit intérieur brut) en 2007 à 1 689 en 2011 (85,3%d u PIB), c’est le déficit du commerce extérieur de notre pays (75 milliards d’euros) du à notre manque de compétitivité qui a conduit de façon spectaculaire l’agence Standard& Poor’s à dégrader d’un cran la note française pour la première fois depuis 35 ans.
Il est vain de polémiquer à moins de cent jours du premier tour de l’élection présidentielle sur le point de savoir s’il s’agit d’une « dégradation Sarkozy » comme l’a affirmé l’ancien premier ministre socialiste, Laurent Fabius, le 16 janvier ou s’il faut se contenter comme l’a souligné le même jour Nicolas Sarkozy à Madrid du satisfecit accordé à notre pays par les deux autres agences de notation internationales : Fitch (dirigée par un Français) et Moody’s qui au demeurant a placé la France sous surveillance négative pour les trois prochains mois. Chacun est dans son rôle ; Le président-candidat cherche à atténuer le plus possible un bilan économique et social très mauvais et l’opposition s’efforce de crédibiliser son alternative en mettant en lumière les mauvais points du quinquennat qui s’achève.
Il est heureux en revanche de constater que le problème de fond de la désindustrialisation de notre pays est – enfin – posé au grand jour. Ici à « Horizons politiques » nous avons tenté pendant une dizaine d’années à travers le « club Lamennais » organisé conjointement avec le CNISF (conseil national des ingénieurs et des scientifiques de France) de faire prendre conscience aux politiques de tous bords de la gravité de cette désindustrialisation. Tous les politiques et économistes de renom – de François Hollande à Jean-Pierre Raffarin en passant par Jacques Attali – ont évoqué ce sujet sans grand écho, il faut le reconnaître. Partie remise. Aujourd’hui, cette question cruciale s’impose comme étant au centre de la campagne présidentielle de 2012. Il est temps !
Les appels à la réindustrialisassions de nos territoires se fondent sur un triple constat : le recul de l’emploi industriel, la régression de la contribution de l’industrie au produit intérieur brut et les mauvais chiffres du commerce extérieur. Sur la période récente, cela a entraîné une perte de 89 000 emplois entre octobre 2009 et octobre 2010 à cause, essentiellement, de trois facteurs : le transfert d’emplois de l’industrie vers le secteur « tertiaire » des services (20 à 25%), les forts gains de productivité qui ont entrainé 30% de pertes d’emplois et la concurrence étrangère qui expliquerait 13% des destructions d’emplois. Tous les pays industrialisés à l’exception de l’Allemagne sont confrontés à une baisse de leur part de marché face à la concurrence des pays émergents. Si l’Allemagne a conservé son triple A c’est essentiellement parce qu’elle a su imposer sa « marque « de production. Le « Das Auto » de Volkswagen fait un malheur aussi bien en Chine qu’en Inde.
Critiqué pour son « paquet fiscal » de 2007 le président-candidat veut favoriser désormais la compétitivité industrielle. Il veut discuter de la mise en place d’une TVA sociale et d’accords de compétitivité –emploi avec les partenaires sociaux, le 18 janvier à l’Elysée. Il envisagerait même, si le dispositif est constitutionnel, selon « Le Monde » daté du 17 janvier d’alléger les charges correspondant aux rémunérations des techniciens qualifiés de l’industrie autour de 2 000 euros !
Interrogé par « Horizons politiques » le 16 janvier sur l’urgence à prendre des mesures sur les coûts du travail pour améliorer notre compétitivité, Laurent Fabius au nom de François Hollande a estimé que « la différence du coût avec les pays émergents était tellement massive – de un à vingt – que ce n’est pas une manipulation sur les taux de TVA qui peut régler le problème ». Pour l’ancien premier ministre socialiste, il faut s’attacher davantage à « améliorer la compétitivité de nos produits à travers les PME performantes plutôt que de réduire le coût de production ».
De son côté, le président du groupe socialiste, interrogé par nos soins, a estimé que s’il s’agissait d’’ »ajustements, la majorité a parfaitement le droite et peut-être le devoir de le faire ». Toutefois, Jean-Marc Ayrault a mis engarde contre le caractère « anti-démocratique » d’un choix de réformer de façon profonde notre système de protection social. « Le basculement des charges patronales vers la TVA est quelque chose de grave avec des conséquences très implorantes pour la consommation » a-t-il insisté. Comment peut-on accepter qu’à quelques semaines ou les Français vont être appelés à choisir un futur Président de la République et ses orientations politiques, économiques fiscales et européennes, l’on mette les Français devant le fait accompli » a-t-il averti.
De fait, le président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer a laissé entendre qu’il y avait une incertitude sur les projets de loi qui pourraient être soumis au Parlement d’ici à la mi-mars y compris avec une session extraordinaire. Le président de l’Assemblée nationale a fait allusion au tir de barrage que ne manquerait pas de faire le nouveau Sénat à majorité de gauche face à des mesures structurelles fortes. L’opposition de gauche serait d’autant plus encline à jouer l’obstruction que les principaux syndicats, à la veille du sommet du 18 janvier ont d’ores et déjà rejetés toutes les mesures qui pourraient porter sur la TYVA sociale ou a flexibilisation du temps de travail, comme l’a indiqué Bernard Thibaut. Même position de rejet de la part de la CFDT qui refuse de se faire « instrumentaliser », selon l’expression utilisée le 17 janvier dans un entretien au « Figaro » par Laurent Berger, secrétaire national à l’emploi de la centrale. « Nous n’allons pas à ce sommet pour négocier des mesures structurelles ». Ce n’est pas le moment à trois mois de la présidentielle de prendre des décisions à la hussarde sur ces sujets, qui plus est en pénalisant les salariés » puisque, selon certaines indications, le gouvernement envisagerait de s baisses de charges seraient d’abord patronales puis salariales…après la présidentielle !
Par ailleurs, il semble acquis que la France ne peut se sortir seule de cette régression économique qui touche toute l’Europe à l’exception de l’Allemagne. La vraie relance économique ne peut se faire qu’au niveau de l’Union européenne. Or, sur ce point les positions sont divergentes entre les pays « vertueux » l’Europe du nord qui estiment que la « rigueur » est la bonne solution et qu’il faut continuer dans ce sens – c’est le cas de l’Allemagne – et l’Europe du sud qui aurait besoin avant tout de retrouver des taux de croissance positifs comme la France ou l’Espagne. Pire encore, l’écart grandissant entre l’Allemagne et la France fait craindre un décrochage de notre puissant partenaire d’outre-Rhin d’une Europe qui comme les Etats-Unis voit pâlir son étoile face aux pays émergents triomphants.
Voilà de beaux sujets de débats qui méritent d’être soulevés dans les prochaines semaines. Ce qui élèverait le niveau fort médiocre de ce début de campagne présidentielle où les petites phrases ne parviennent pas à masquer les incertitudes et les embarras des principaux protagonistes sur les projets de fond qu’ils comptent proposer pour sortir de la crise.
François Gervais