Après l’électro-choc de la dégradation de la France de son triple A, le pouvoir en place poursuit sa politique néolibérale en proposant au « sommet sur la crise » du 18 janvier de « baisser le coût du travail ». François Hollande dans son discours-programme du 22 janvier veut s’appuyer sur des efforts triple « C » : « cohérents, constants et calmes ». Les Français eux veulent « une campagne électorale digne qui parle des problèmes des gens » insiste le leader de la CFDT, François Chérèque.

La perte du triple A auprès de l’agence Standard & Poor’s intervenue le vendredi 13 janvier est incontestablement un mauvais coup pour la France, l’Europe mais en particulier pour Nicolas Sarkozy et son gouvernement. Jamais notre pays n’avait été dégradé de la sorte et mis sous surveillance par un observateur reconnu de la finance internationale qui laisse entrevoir, au demeurant, une nouvelle perte de crédit possible en 2012.
Le Président de la République voit sanctionnée ainsi toute la politique économique qu’il a initié lors depuis son élection en 2007 qui se fondait avant tout sur une politique de l’offre et de la croissance. Il n’est pas le premier à subir les aléas économiques mondiaux et européens. On se souvient que François Mitterrand avait du changer son fusil d’épaule en choisissant la rigueur en 1983, deux années seulement après la victoire de la gauche parce qu’il n’avait pu tenir toutes les promesses dispendieuses de 1981. Il avait fallu deux ans au premier président socialiste de la V ème République avant de faire le choix politiquement douloureux de la rigueur.
Or, contrairement à son prédécesseur socialiste, Nicolas Sarkozy s’est refusé à changer de politique économique pendant ses cinq années de pouvoir. IL a maintenu par exemple comme un dogme et contre vents et marées, cette absurde prime aux heures supplémentaires au moment où notre pays frôle les dix millions de chômeurs – près d’un million de plus durant son quinquennat.
Plus que la dégradation de la note par Standard & Poor’s de 20/20 à 19 ou 18,5 pour une insuffisance d’efficacité dans la lutte contre la dette – une priorité pourtant de François Fillon qui avait déclaré dès 2007 que notre pays était « en faillite » – c’est avant tout pour « le manque de compétitivité » de notre pays qui est sanctionné par les experts de l’agence de notation Standard & Poor’s.
François Fillon affirme donc que « la priorité est de prendre une mesure significative sur la baisse du coût du travail » dans un entretien au « Journal du Dimanche » sur les conséquences de la perte du triple A. Il est probable que les syndicats qui ont dû encaisser durant ce quinquennat la remise en cause de la retraite à soixante ans et le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite, n’accepteront pas de donner un nouveau débit à la crise à travers une augmentation programmée de la TVA de deux ou trois points qui les pénaliserait et au premier chef, les retraités, les chômeurs et les fonctionnaires.
A moins de cent jours de l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy joue très gros sur cet ultime « cadeau » aux entreprises, réclamé par le Medef. Cette dernière recette libérale pour améliorer l’offre économique des entreprises risque de lui coûter très cher politiquement. D’autant plus que son image européenne est atteinte puisque en dépit de ses efforts pour parvenir à un accord européen le 9 décembre dernier, l’agence Standard & Poor’s – encore elle – estime que les mesures prises à Bruxelles ont été insuffisantes.
Du fait, on s’en doute d’une intransigeance allemande qui ne peut que se conforter puisque notre voisine d’outre-Rhin est la seule (avec la Finlande, les Pays-Bas, le Luxembourg et la Finlande) à échapper à la dégradation générale des notes. Le couple franco-allemand est ainsi désarticulé et les accents victorieux du président français à l’issue des « sommets de la dernière chance » à répétition, n’apparaissent plus que comme des rodomontades au regard des situations dégradées de l’Espagne – où se rend Nicolas Sarkozy, le 16 janvier – et plus encore de la Grèce où le blocage de la situation avec ses créanciers accroit les incertitudes. Bref, pour être clair : Nicolas Sarkozy est étrillé et l’on voit la difficulté de l’UMP à prétendre qu’il faut continuer dans cette voie néolibérale avec le même « capitaine ».
En face, du côté socialiste, François Hollande a pris soin de préciser, le 14 janvier que « c’est une politique qui a été dégradée et pas la France ». Il ne faut pas tuer dans l’œuf le « rêve français » dont le candidat socialiste veut définir les contours lors de son premier grand meeting de campagne, le 22 janvier au Bourget. Mais, comme le relevait fort justement Erik Izraelewicz dans « le Monde » daté des 15 et 16 janvier « la gauche n’a guère de raisons de s’en réjouir. Les temps seront difficiles, très difficiles pour ceux quels qu’ils soient qui l’emporteront le 6 mai ».
De fait, il est nécessaire que le candidat socialiste présente comme il en a l’intention, un échéancier précis de ce qu’il compte faire. Jusqu’à présent trop d’atermoiements et de mises au point rectifiées successivement sur le quotient familial ou l’embauche de 60 000 enseignants ont donné une image de flottement et d’imprécision nocive à la crédibilité du projet socialiste. Dans le « JDD » du 15 janvier, François Hollande indique que l’ancien premier ministre Laurent Fabius travaille déjà sur les mesures à prendre en cas de victoire « dès le premier mois » avant même que la nouvelle Assemblée nationale soit élue en juin.
François Hollande précise que dans la première année, les reformes de structures financière, industrielle et fiscale seront prises. Ensuite, ajoute-t-il, « nous étalerons dans le temps les mesures dites les plus coûteuses ». Il indique aussi que le projet socialiste a été fait, il y a huit mois et que « des éléments ont déjà changé alors que d’autres demeurent ». C’est précisément sur cette clarification des propositions socialistes dans le temps que François Hollande jouera la crédibilité de ses propositions alternatives. Car d’ores et déjà, François Fillon lui a adressé une « suggestion » caustique : soumettre son programme électoral à … Standard & Poor’s. Car, selon le premier ministre « dans ce qu’il préconise, rien n‘est en phase avec la situation de l’économie européenne ».
Cette semaine s’annonce comme particulièrement importante car, de part et d’autre, il va falloir mettre cartes sur table. Nicolas Sarkozy va devoir dire s’il change son fusil d’épaule ou s’il intensifie sa politique fondée avant tout sur l’offre des entreprises notamment des PME dont le rôle devient primordial. François Hollande sera contraint de préciser sa politique « alternative » dans des circonstances rendues particulièrement incertaines compte tenu de notre dégradation du triple A.
Au delà des controverses politiciennes et d’experts économiques – ni la droite ni la gauche (ni Dominique Strauss-Kahn en 1997 ni François Baroin en 2012 par exemple) ne semblent en mesure d’imposer dans un délai raisonnable la taxe Tobin au niveau européen ce qui débloquerait en partie la situation et permettrait de relancer les investissements – les impétrants à l’élection présidentielle doivent entrer dans le vif du sujet et donner le détail des mesures qu’ils préconisent.
François Chérèque, le leader de la CFDT avait raison de souhaiter, le 15 janvier sur « Europe 1 » « une campagne électorale digne qui parle des problèmes des gens ». Car, la dignité des politiques ne consiste pas à faire des plans sur la comète mais à proposer des solutions avec un calendrier et s’engager sur des résultats précis à la clef. C’est ainsi que les électeurs pourront faire un choix digne et raisonnable au lieu de rester chez eux ou de se fourvoyer en votant pour des solutions extrêmes plus dangereuses que porteuses d’avenir.
De ce point de vue là, la dégradation du triple A de la France, attendue par les uns et redoutée par les autres, peut servir électrochoc salutaire… pour notre démocratie française.
François Gervais

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