Face à une impressionnante entreprise de dénigrement de François Hollande de la part de l’UMP, François Hollande propose une confrontation d’idées sur le fond avec le Président de la République, candidat non encore déclaré mais manifestement en campagne.

A la mi-décembre, Michel Sapin, l’un des plus proches conseillers de François Hollande confiait à huis clos à ses amis socialistes dont l’ancienne premier ministre Edith Cresson que « la campagne présidentielle à venir serait d’une très grande violence ». La méthode d’en face, ajoutait-il, cela va être de caricaturer et d’abimer le débat pour faire en sorte qu’il ne reste plus rien dans le paysage… sauf le capitaine : il faut s’y préparer ».
De fait, François Hollande qui inaugurait le 11 janvier son QG de campagne, un ancien hôtel particulier dans un quartier cossu de la capitale est bien servi. A peine la trêve des confiseurs terminée, qu’une première salve, vite étouffée, tentait de le discréditer – à l’instar de Lionel Jospin en 2002 vis-à-vis du Président Jacques Chirac en campagne et en exercice – à partir d’un propos rapporté par un journaliste faisant passer une imitation d ‘un Sarkozy disant de lui qu’il était « un sale mec ». Cette première salve a fait pschitt car François Hollande l’a tout de suite désamorcée.
Mais ce n’était qu’un début. Car, il ne se passe pas un seul jour depuis le début des traditionnelles cérémonies des vœux sans que l’état-major de l’UMP, le premier ministre en tête suivi par le président de l’Assemblée nationale, à partir des consignes élyséennes, n’attaque bille en tête le candidat socialiste. Bernard Accoyer est allé jusqu’à dire, lors de sa présentation des vœux à la presse le 11 janvier que si la gauche passait en mai prochain les conséquences « économiques et sociales pourraient être comparables à celles provoquées par une guerre » !
Du jamais vu. Pour un peu, le député UMP de Haute-Savoie n’était pas loin de taxer l’opposition de gauche d’anti-France retrouvant ainsi des accents d’extrême-droite qu’il rejette pourtant expressément. Dans la même veine – se voulant gaullienne sans doute – Bernard Accoyer ajoutait que la France avait besoin de « choix d’avenir et non de choix partisans », « d’unité nationale et non de postures idéologiques ». Des propos extrêmement « durs » comme l’a relevé un journaliste présent à cette cérémonie des vœux et l’on pourrait ajouter extrêmement surprenants dans la mesure où ils émanent d’un président d’une Assemblée parlementaire …pluraliste. « Ces propos sont indignes de la démocratie, irrespectueux du choix des électeurs et tout simplement inacceptables dans le débat public »a relevé l’un des porte-parole du candidat socialiste, Bruno Le Roux, député socialiste de Seine-St Denis.
Cet écart de langage n’est pas isolé dans le camp sarkozyste puisque le secrétaire général de l’UMP Jean-François Copé critiquait le même jour François Hollande qui en proposant, selon lui, « la fin du quotient familial » envoyait tout simplement « un message d’anéantissement de la politique familiale française ». De son côté, Nadine Morano, toujours à propos de la réforme du quotient familial a accusé François Hollande d’être « un homme dangereux pour la France » car il s’adonnerait au « rétropédalage permanent » dans ses propositions.
L’ancien ministre socialiste, Jean Glavany lors de la séance des questions d’actualité à l’Assemblée nationale a précisé « au nom de la vérité » qu’il n’était pas question sur le fond, pour François Hollande de supprimer le quotient familial mais de modifier les avantages fiscaux qu’il procure. Quant à la forme, l’une des porte-paroles de François Hollande, Delphine Batho a jugé que Nadine Morano « avait franchi le Rubicon » et que la droite préférait décidemment « l’invective « à la « confrontation d’idées », ajoutant avec juste raison : « trop c’est trop !
Car du côté socialiste le ton monte et les répliques sont tout aussi cinglantes. C’est Martine Aubry qui, le 10 janvier s’en prenant au « quinquennat Fouquet’s » du président Sarkozy en assurant que « jamais le bilan d’un président sortant n’aura été aussi catastrophique » tandis que , le même jour, Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale dénonçait le « cambriolage démocratique » du gouvernement qui, à cent jours de l’échéance présidentielle, voudrait faire voter des réformes aussi importantes que la TVA sociale ou sur le temps de travail.
C’est précisément à une « discussion » et un débat serein sur les points essentiels portant sur l’avenir du pays que François Hollande a proposé à la majorité actuelle lors de l’inauguration de ses locaux de campagne le 11 janvier. Il a cité notamment la croissance et le pacte productif, la justice fiscale et l’éducation, la protection sociale, les logements et la sécurité ou bien encore l’l’impartialité de l’Etat etc. Il y a bien d’autres sujets encore de politique étrangère et de défense qui devront être abordés au cours de cette campagne présidentielle qui serait bien mal partie si elle devait se dérouler pendant trois mois encore sur ce même registre de l’invective et du dénigrement.
Pour éviter cette dérive permanente des « petites phrases », injurieuses et néfastes de part et d’autre, une clarification s’impose. D’abord du côté du Président de la République. Ce dernier refusera le plus longtemps possible – jusqu’à la mi-mars ? – de sortir de sa fonction élyséenne en se déclarant candidat. Il tire en effet de sa fonction actuelle trois avantages majeurs.
D’abord elle lui permet d’agir en « protecteur » et « rassembleur » des Français comme il compte le faire en tirant les conclusions du « sommet sur la crise » convoqué pour le 18 janvier à l’Elysée en tenant compte, précise-t-il , des propositions faites par les partenaires sociaux. Ensuite, son statut de Président lui offre des circonstances particulièrement favorables pour se déplacer et rencontrer ses compatriotes en province – assistance triée sur le volet, discours sans contradiction relayé par les moyens audiovisuels de l’Elysée etc. -.Enfin, il occupe le terrain politique à l’aide de ses « cellules » élyséennes : celle sur les sondages de popularité – l’Elysée prévoit que les courbes de confiance du premier tour s’inverseront entre François Hollande et lui à la fin du mois – et sa cellule « riposte » avec l’ancien ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux qui organise chaque jour avec l’aide de plusieurs ministres, les thèmes de campagne du Président-candidat.
François Hollande aurait donc intérêt à resserrer les boulons de son équipe présidentielle pléthorique et un peu trop euphorique. Par ailleurs, il a mille fois raison de vouloir aborder les débats de fond « avec fermeté et sérieux ». Nos compatriotes attendent avec impatience de connaître clairement son programme et ses options. C’est ainsi qu’il fera la différence avec un Président-candidat qui tire tous azimuts et ne convainc pas dans la mesure où les Français ont compris que Nicolas Sarkozy ne peut réussir en quelques semaines ce qu’il n’a pas su faire en cinq ans.
François Gervais

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