Le « candidat-Président » Nicolas Sarkozy est présent tous azimuts et reçoit l’appui, à titre personnel, d’Angela Merkel sur sa proposition de taxation des transactions financières. François Hollande consulte à huis clos les partenaires sociaux avant le « sommet sur la crise » du 18 janvier à l’Elysée. Et pendant ce temps là, François Bayrou rassemble les indécis et Marine Le Pen recrute chez les ouvriers mais aussi maintenant dans les classes moyennes.

L’année 2012 commence sur les chapeaux de roue sous l’impulsion d’un « candidat-Président » qui s’agite sur tous les fronts alors que François Hollande ne parvient pas à enclencher une dynamique à gauche. Du coup, à cent jours de l’échéance, les jeux sont beaucoup plus ouverts que prévus. Devant le peu d’enthousiasme suscité par le lourd bilan du chef de l’Etat et la relative atonie de son principal challenger socialiste, François Bayrou se renforce auprès de ceux qui hésitent ou seraient prêts à « voter blanc ». Marine Le Pen, quant à elle, élargit sa palette électorale non seulement auprès des ouvriers protestataires mais elle se crédibilise auprès des retraités voire des classes moyennes. Jamais une élection n’a été aussi ouverte et incertaine.
Nicolas Sarkozy agit désormais en candidat et fait feu de tout bois. A l’Elysée, on laisse entendre qu’il présentera sa candidature le plus tard possible, peut être même en mars – mais il a manifestement décidé d’accélérer la cadence. Et l’on peut considérer que le Président dévoilera son programme de campagne d’ici à la fin du mois de janvier. De fait, après avoir reçu le 9 janvier à Berlin l’onction accordée « à titre personnel » de la chancelière allemande Angela Merkel sur sa proposition de mettre en œuvre rapidement la taxe sur les transactions financières, Nicolas Sarkozy a précisé qu’il ferait connaître ses propositions économiques et sociales d’ici à la fin du mois de janvier après le sommet social rebaptisé « sommet sur la crise » qu’il réunira le 18 janvier à l’Elysée avec les partenaires sociaux.
Que ce soit sur la TVA sociale, écartée par lui en 2007 ou sur les transactions financières repoussées par le gouvernement avec la plus grande vigueur au Sénat le 21 novembre dernier, le « candidat -Sarkozy »ne se prive pas de faire des « galipettes » pour reprendre l’expression utilisée par le porte-parole du PS, le 9 novembre. « Il est prêt à dire tout et n’importe quoi sur tout et n’importe quoi » a même ajouté Benoît Hamon avant de mettre en garde contre ce «caméléon » qui finit par agir toujours de la même façon : en protégeant « les plus gros » ! La tactique est claire chez les socialistes. Il s’agit d’alourdir au maximum le « bilan » du quinquennat de Nicolas Sarkozy et de discréditer par là même ses nouvelles initiatives dans la perspective d’un nouveau mandat à l’Elysée.
Cette option du rejet du bilan voire de la « détestation » de la personne du Président lui-même, une expression utilisée par l’ancien ministre de l’Education nationale Luc Ferry fonctionnerait d’autant mieux au profit du principal candidat d’opposition, si ce dernier parvenait à crédibiliser davantage sa candidature. Or, par souci tactique – « il faut en garder sous le pied au cas où le sentiment de rejet ne serait pas suffisant pour faire gagner Hollande » confiait, le 9 janvier, l’un des membres de son équipe – François Hollande se place dans une position attentiste et d’esquive. Le jour même où Nicolas Sarkozy popularise son « sommet de crise » du 18 janvier depuis la capitale allemande – ce qui en général ne se fait pas -, François Hollande reçoit en catimini et à huis clos les syndicats pour leur promettre …un autre « sommet social » institutionnalisé celui-là, en cas de victoire de la gauche en mai prochain. La belle affaire !
Or, ce que les électeurs veulent connaitre avant de se prononcer ce sont les grandes options de sa politique alternative en matière économique, sociale et fiscale. Sur ce dernier point comme sur d’autres, François Hollande est en retrait sur les engagements pris dans le programme socialiste qu’il s’est engagé pendant sa campagne des « primaires socialistes » à respecter. C’est ainsi que la fusion entre l’impôt sur le revenu et la CSG paraît devoir être repoussée dans le temps en cas de victoire de la gauche…à moins que ce ne soit qu’une ruse électorale. Cependant avant de se prononcer en sa faveur, il est probable que le « peuple de gauche » demandera à François Hollande des garanties sur l’application de son programme. Faute de quoi, il ne faudra pas s’étonner que le total des voix de gauche passé de 41,5% en novembre à 38% en ce début d’année dans la dernière enquête de l’IFOP publiée le 8 janvier dans le « Journal du Dimanche » ne s’amenuise encore.
Pout résumer la situation on pourrait dire que les socialistes tirent à boulets rouges sur le bilan de Nicolas Sarkozy présenté par la gauche comme « le Président du chômage, de la dette et de l’effondrement du pouvoir d’achat » alors que la droite défend la « prise de risques » courageuse et porteuse d’avenir du chef de l’Etat qu’elle oppose à « la stratégie de l’esquive » de François Hollande, une expression utilisée par Bruno Le Maire sur Radio Classique et Public Sénat le 9 janvier. Selon le ministre UMP de l’agriculture le candidat socialiste donne le sentiment de « cacher quelque chose ». De fait, parfois François Hollande paraît prêt à « détricoter » en matière fiscale comme ce fut déjà le cas pour le nucléaire, les options fondamentales prises par le parti socialiste dans son programme de gouvernement législatif.
Il n’est pas le seul à marcher sur des œufs pour ne pas être enfermé dans des promesses qui pourraient se révéler irréalisables comme trop souvent dans le passé ; A gauche, François Mitterrand après avoir appliqué une bonne partie de ses « 110 propositions » fut contraint à un « tournant de la rigueur » dès 1983 soit deux années seulement après sa prise de fonction . A droite, ni la réduction de la « fracture sociale » promise par Jacques Chirac en 1995, ni le « travailler plus pour gagner plus » de Nicolas Sarkozy en 2007 n’ont été suivi d’effets concrets et ressentis par la population. Il ne faut pas s’étonner que les rivaux de Nicolas Sarkozy dans la présidentielle de 2012 soient extrêmement prudents. Car plus ils cachent leurs jeux et leurs propositions plus cela paraît leur réussit à l’instar de ce qui s’est produit aux dernières élections législatives espagnoles où le candidat de la droite qui perdait de points à chaque fois qu’il présentait une proposition a préféré ne rien dire …pour finalement l’emporter sur le socialiste sortant José Luiz Zapatero.
François Bayrou a remarqué ainsi qu’il progressait dans les sondages depuis qu’il s’en tenait à cette seule affirmation : s’il est élu à l’Elysée : « il fera ce qu’il faut faire !». « Serpent à tête d’honnête homme » comme le définit fort justement Gérard Mordillat dans le portrait qu’il présente du président du Modem dans « Télérama », François Bayrou peut se retrouver comme en 2007 dans la position du faiseur de roi qu’il n‘avait pas su exploiter à son avantage alors que cette fois-ci, il a affirmé qu’il choisirait entre les deux tours de 2012. Sans doute le candidat qui aura alors les plus fortes chances des l’emporter et lui offrir Matignon. .. s’il n’est plus en lice au second tour.
A l’heure actuelle tout se passe comme si les Français n’avaient le choix qu’entre : un « candidat –Président » qui s’agite dans tous les sens au risque de mettre en avant des positions qu’il avait rejetées auparavant – la fameuse taxe Tobin ,la solution d’une scop pour Sea France repoussée il y a quelques jours par le ministre des transports, la TVA sociale mise sous le boisseau depuis cinq ans etc. – ; un candidat du Centre qui met en avant – comme tout le monde – la résorption de la dette et le « produire français » ; un socialiste qui s’efforce déjà de repousser dans le temps des meures drastiques contenues dans le « petit livre » rouge du PS ; et enfin, Marine Le Pen et son programme économique et social extrême qui convainc même si comme le dit fort justement Bruno le Maire « ses propositions ne tiennent pas la route une seconde, en particulier la sortie de l’euro qui conduirait, selon lui, à la ruine des millions de Français ». Marine Le Pen parvient toutefois à populariser les idées du Front national. Un sondage « Viavoice » paru le 9 janvier dans « Libération » fait apparaître que 30% de nos compatriotes n’excluent pas de voter pour le Front national, S’ils le feront en tout ou partie, c’est grâce à la personnalité et l’allant de Marine Le Pen. Son père faisait honte, elle veut le respect. Elle cherche à incarner « Miss France » comme l’avance l’écrivain Christine Angot. C’est une femme moderne Qui dit ce qu’elle pense une spécialiste du contre-pied. Une « Scaramouche » en jupons qui aime les coups de gueule et narguer les bourgeois. Elle peut focaliser autour de sa forte personnalité les ouvriers (27%) mais aussi les employés (19%), professions intermédiaires (16%) et même les cadres (11%) tout comme les retraités (15%) qui estiment qu’un « tour de vis » sécuritaire et sociétal ne ferait pas de mal à notre pays.
Bref, dans ce match à quatre, rien n’est joué à cent jours de l’échéance. Tout le monde est sur le pont et en premier lieu le « candidat-Président » Sarkozy qui fait flèche de tout bois et empêche jusqu’à présent, son principal rival, François Hollande de fendre l’armure, laissant ainsi à l’opportuniste Bayrou un espace et un espoir à la « pétroleuse » Marine Le Pen toujours prête à faire voler le système en éclats …si les autres candidats lui en offraient l’occasion. A suivre.
François Gervais

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