De nombreux déplacements : vœux présidentiels en province et hommage à Jeanne d’Arc pour Nicolas Sarkozy ; intervention télévisée, premier meeting régional à Bordeaux et recueillement à Jarnac pour François Hollande. Des polémiques sur la TVA sociale « anti-sociale » et l’affaire Karachi. Les deux principaux protagonistes sont désormais, bel et bien, entrés sur la piste de la présidentielle.

Nos concitoyens auront compris en regardant les traditionnels vœux télévisés présentés sur un ton grave par le chef de l’Etat et en écoutant sa conclusion : – « j’ai confiance dans les Français, je suis certain du chemin qu’il faut suivre » – que Nicolas Sarkozy était candidat au renouvellement de son mandat à l’Elysée en 2012. Et qu’il entendait disposer, le plus longtemps possible – d’ici à cinq mois mais en réalité quatre seulement –, des avantages acquis que lui confèrent son mandat élyséen obtenu en 2007.
C’est ainsi qu’en ce mois de janvier Nicolas Sarkozy va se déplacer trois fois par semaine en moyenne pour présenter en province ses vœux à ses compatriotes avant de conclure ce « tour de France » par une rencontre avec les journalistes le 28 janvier. Le Président-candidat qui ne cache plus ses intentions déborde d’activités. Mardi 3 janvier, il se déplace dans le Finistère, à l’école navale de Lanvéoc-Poulmic, pour présenter ses vœux aux armées ; le 5, il se rend dans la Vienne pour rencontrer les représentants du monde de l’éducation et de la recherche. Le 6 il ira dans les Vosges à l’occasion du …600 ème anniversaires de la naissance de Jeanne d’Arc avant de recevoir dans l’après-midi à l’Élysée le nouveau président du conseil italien Mario Monti et de conclure en fin de journée un colloque organisé au palais de l’Elysée sur « le Nouveau Monde ».
De son côté, François Hollande entre dans la course. Manuel Valls, son directeur de la communication pour la campagne présidentielle a présenté, le 2 janvier à la presse le programme particulièrement fourni de François Hollande pour cette semaine de rentrée. Intervention télévisée le 3 janvier sur France 2 ; premier grand meeting régional à Bordeaux – il en tiendra sept durant la campagne –sur le thème primordial de l’emploi. Jeudi 5, il sera à Caen, le 7 il présentera ses vœux aux Corréziens puis aux socialistes et le 8 il se recueillera à Jarnac pour le quinzième anniversaire de la mort de François Mitterrand. Entre temps, François Hollande publiera une « adresse aux Français » dans le quotidien « Libération » et s’installera dans ses locaux de campagne de l’avenue de Ségur à Paris qui seront opérationnels à partir du 11 janvier.
Les emplois du temps sont aussi remplis chez l’un comme chez l’autre et du côté socialiste on commence même à mettre en place les pools de journalistes car toutes les demandes émanant des médias ne pourront être satisfaites. François Hollande se rendra dans les départements d’Outre-mer du 13 au 16 janvier pour revenir en Lorraine le 17 janvier. Auparavant il aura rencontré les représentants des organisations ouvrières convoqués à l’Elysée le 18 janvier pour un « sommet social » à l’Elysée à l’issue duquel Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il demanderait au gouvernement de prendre des décisions pour intensifier la lutte contre le chômage.
François Hollande se lance dans la campagne considérant car comme l’ont dit Manuel Valls et Benoît Hamon respectivement porte-paroles du candidat et du PS il considère que Nicolas Sarkozy mène déjà une campagne de candidat à travers son habit de Président qu’il compte abandonner le plus tard possible : l’ultime délai pour le dépôt des parrainages étant fixé au 16 mars il n’attendra pas ce moment là !….
Ce dernier tour de la campagne commence sur les chapeaux de roue car les deux principaux protagonistes veulent occuper toute la place et se rendre coup pour coup. On a pu le constater avec les commentaires qui ont entouré de part et d’autre, la prestation télévisée du chef de l’Etat, le 31 décembre.
Du côté socialiste, Manuel Valls a accusé Nicolas Sarkozy de « jouer sur les peurs et la peur de la crise » et le directeur de campagne de François Hollande, Pierre Moscovici, est allé jusqu’à dire que le bilan de Nicolas Sarkozy était si « terrible » qu’il devrait le conduire « s’il avait la dignité de sa fonction » à ne pas se présenter ! « On ne voit pas, en bonne logique, comment Nicolas Sarkozy peut être réélu », ajoute le député socialiste du Doubs en enfonçant le clou. Une appréciation que l’ancien ministre de l’éducation, Luc Ferry, semble partager puisqu’il jugeait le 1er janvier dans «Le Parisien » le bilan de Nicolas Sarkozy « extrêmement mince » et le niveau de détestation suscité par le chef de l’Etat tel qu’à son avis « n’importe quel ténor socialiste aurait des bons sondages face à lui ». L’équipe présidentielle de François Hollande est donc incitée à « durcir » le ton ne serait-ce que pour répondre à la campagne de dénigrements que Nicolas Sarkozy a lancé à l’encontre de son rival socialiste.
La ministre Valérie Pécresse a ainsi reproché à François Hollande qui avait souhaité « le changement maintenant » dans ses vœux à ses « concitoyens » diffusés le 31 décembre avant ceux du chef de l’Etat… de « se bander les yeux ». « Non le président de la République ne joue pas sur les peurs, lui ne ment pas aux Français », renchérissait de son côté, Franck Riester de l’état major de l’UMP.
Mais ce ne sont là que des escarmouches car les dirigeants socialistes agacés par les rappels de la part de l’UMP des « affaires » impliquant dans le Nord et les Bouches du Rhône des dirigeants socialistes de premier plan n’hésitent plus désormais à contre-attaquer sur l’affaire Karachi et à demander de comptes au chef de l’Etat. Alors que le ministre de l’Education, Luc Chatel estime que c’est « une affaire qui remonte à plus de vingt ans », Pierre Moscovici estime en réponse qu’il faudra bien que « Balladur et Sarkozy s’expliquent sur le financement de cette étrange campagne ou de l’étrange financement de cette campagne ». Là encore, les couteaux sont tirés. Manuel Valls exige désormais que Nicolas Sarkozy « s’explique » après les révélations faites par « Libération » du 2 janvier sur cette affaire où l’ancien ministre, Renaud Donnedieu de Vabres vient d’être mis en examen pour « complicité d’abus de bien sociaux ».
La polémique à venir la plus dure et significative va toutefois porter sur ce que les socialistes appellent le « pillage » des idées et les faux -semblants dont ferait preuve le chef de l’Etat. Coté « pillage » ce serait, le coup de pouce que le chef de l’Etat a demandé au gouvernement en faveur des salariés de SeaFrance qui veulent fonder une Scop ( coopérative ouvrière ) en demandant aux 830 salariés de mettre au pot commun leurs indemnités de licenciement alors qu’il y a quelques jours encore, le ministre des transports s’opposait publiquement à cette formule « jusqu’au boutiste » défendue par la CFDT. Les socialistes proposent au contraire pour sauver ces emplois actuellement aidés par le conseil régional socialiste du Nord Pas-de-Calais « un financement pérenne par une grande banque publique d’investissement » prévue dans leur programme.
Côté « faux semblants », les socialistes estiment que ce n’est pas à quatre mois de l’échéance présidentielle que Nicolas Sarkozy peut revenir sur quatre années d’échecs qui se soldent par un million de chômeurs supplémentaires qu’en 2007. Ils s’opposent en particulier à l’instauration d’ « une TVA sociale » que leur porte-parole Benoît Hamon a qualifié d’ « anti-sociale » lors de son point de presse hebdomadaire dans la mesure où selon lui, ce sont tous les Français qui supporteront un relèvement de la TVA alors que les chefs d’entreprise qui bénéficieront de nouveaux allégements de charges ne les répercuteront vraisemblablement pas, ni sur les salaires, ni sur les prix : « C’est tout simplement le programme du Medef de Mme Parisot ! » a-t-il affirmé.
Les partisans de la TVA sociale estiment qu’elle pourrait amener une relance de la compétitivité des entreprises d’une part grâce à la baisse du coût du travail et d’autre part par la pénalisation de fait des produits importés car les produits français exportés ne sont soumis qu’à la TVA des pays importateurs.
Lors de ce sommet social sera examinée la formule des emplois flexibles. D’ores et déjà, la CGT estime que cette formule « maintien de l’emploi si baisse de salaire » serait un « donnant-perdant » pour les salariés. « Sans soute conscient des effets très négatifs des chiffres du chômage et de la précarité sur le comportement des électeurs, Nicolas Sarkozy redécouvre subitement les vertus du « dialogue social » estime ainsi la CGT qui organise le 18 janvier une « journée de mobilisation interprofessionnelle » pour exiger « une autre répartition des richesses créées ».
Volonté du président-candidat Sarkozy d’agir tous azimuts pour tenter d’endiguer la montée du chômage tout en gardant son cap libéral : refus du côté socialiste des solutions au coup par coup pour privilégier un véritable changement à travers une réforme fiscale « juste et solidaire » : l’un des grand débat de cette campagne présidentielle de 2012 marquée par la question cruciale de l’emploi va être publiquement débattue d’ici à la fin janvier. Il faut souhaiter qu’elle intéresse les électeurs qui seront amenés à rendre leur verdict le 22 avril et le 6 mai prochains. Il est temps de rentrer dans le vif du sujet et de débattre sur l’avenir de notre économie et de notre industrie mais aussi de la préservation de nos acquis sociaux qui fondent ce modèle social français, exemplaire et envié à travers le monde.
François Gervais

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