Nicolas Sarkozy présente les grandes lignes de sa campagne présidentielle de 2012 pour sa réélection à l’Elysée à l’occasion de ses vœux aux Français du 31 décembre. L’année 2011 a été marquée en Europe par le « déboulonnage » des dirigeants en place et l’amorce d’une réorientation de sa politique par Nicolas Sarkozy. François Hollande, toujours favori, joue gros en abordant dès le 4 janvier du thème majeur de la campagne : celui de l’emploi.

Mis à part ses premiers vœux présidentiels en 2007, quelques mois seulement après son élection à l’Elysée, où il avait promis de « bâtir une société où la vie sera plus facile, et où l’avenir pourra être regardé avec davantage de confiance », Nicolas Sarkozy a toujours commencé son adresse à ses chers compatriotes du 31 décembre en reconnaissant que l’année écoulée avait été « rude » (2008 et 2010) ou « difficile » (2009).
Cette année 2011 se terminant sur un taux de chômage-record – du jamais vu depuis douze ans portant à 2,85 millions les demandeurs d’emploi et à 4,25 millions l’ensemble des chômeurs y compris ceux en activité réduite – ne peut être qualifiée cette fois-ci d’une autre manière que dure et brutale. Le pays s’enfonce dans la crise avec une croissance ralentie ponctionnée par une série de trois « plans de rigueur ».
Le ton de ces vœux aux Français à la fin 2011 devrait donc être éloigné de l’optimisme et de l’autosatisfaction dont avait fait preuve le chef de l’Etat le 31 décembre 2010, lorsqu’il affirmait que l’année 2011 s’annonçait comme « porteuse d’espérance » parce que la croissance était « revenue » et que les grandes réformes engagées commençaient « à porter leurs fruits ».
Toutefois, Si l’on en croit les confidences faites par Guillaume Peltier, l’un des nouveaux « gourous » de l’Elysée, le chef de l’Etat va insister sur son bilan relativement préservé en matière sociale – 30% de hausse du chômage en France mais 50% en moyenne chez nos partenaires européens –. Il ne manquera pas de présenter ses nouvelles options sur la flexibilité de l’emploi comme plus porteuse que celle de son futur rival socialiste, François Hollande avec ses 300 000 emplois aidés et les 60 000 enseignants supplémentaires qu’il a déjà étrillé à plusieurs reprises. Enfin, toujours selon Guillaume Peltier, le chef de l’Etat devrait afficher sa nouvelle priorité en direction des PME et des très petites entreprises susceptibles de faire repartir plus rapidement la croissance.que les grosses entreprises du CAC 40 En tout état de cause, président et non pas encore candidat déclaré à sa succession – ce dont personne ne doute – , Nicolas Sarkozy devrait donnera es indications sur le « sommet pour l’emploi »i qui se tiendra à son initiative le 18 janvier à l’Elysée , en présence de tous les partenaires sociaux pour tenter de trouver une issue à la crise et retrouver le plus vite possible une croissance plus positive,
D’ores et déjà, les « pactes de compétitivité-emploi » préconisés par le ministre du Travail, Xavier Bertrand et qui seront au menu du sommet du 18 janvier ne font pas recette auprès des syndicats extrêmement réservés sur le principe et soucieux de ne pas se faire manipuler à quelques mois de l’échéance présidentielle. Le principe proposé par le gouvernement est le suivant : il s’agit de donner la garantie de l’emploi pendant une certaine durée, en échange de contreparties des salariés, par exemple, la réduction de la durée du travail avec une réduction du salaire souvent proportionnelle. Cela reviendrait alors, selon la CGT, au « travailler moins pour gagner moins » : joli « tête à queue », selon les syndicats, au regard de la proposition -phare de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et de son fameux « travailler plus pour gagner plus ».
Les socialistes et les rivaux déclarés du chef de l’Etat comme François Bayrou, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon auront beau jeu de souligner les « reniements » de Nicolas Sarkozy au regard de ses prises de positions initiales dont la plus spectaculaire fut la suppression dans le collectif budgétaire du 24 juillet du « bouclier fiscal » – figure emblématique du quinquennat – compensé si l’on peut dire par l’allégement de l’impôt sur la fortune(ISF).
Le chef de l’Etat aura aussi bien du mal à défendre l’euro au moment où dix ans après sa création il est à son cours le plus bas depuis sa création alors que l’Allemagne refuse toujours le principe de la solidarité au sein de la zone euro en défendant une conception excessivement rigide de la politique monétaire. Elle continuer à refuser pour tout dire de payer pour les mauvais élèves de l’Union qu’ils soient grecs, espagnols, italiens ou…français.
Par ailleurs en matière européenne, les mini-sommets à deux de Nicolas Sarkozy avec la chancelière allemande Angela Merkel – sept en huit mois ce qui irrite nos vingt cinq autres partenaires européens – et la perspective d’un nouveau traité en mars sans la Grande-Bretagne ne sont pas parvenus à crédibiliser ce que l’on appelle maintenant le directoire du couple « Merkozy » …
Bref, le bilan du quinquennat qui s’achève est plutôt médiocre et décevant. Et, en toute logique, le chef de l’Etat devrait être sanctionné aux prochaines élections présidentielle et législative en France comme l’ont été les premiers ministres, grec, espagnol et italien en 2011.
Toutefois même si le chef de l’Etat se trouve dans la position la plus défavorable que celle de tous ses prédécesseurs depuis le début de la Vème République à quatre mois de la présidentielle, personne ne peut encore prédire l’échec de Nicolas Sarkozy en 2012.
D’abord parce que le président en exercice dispose d’un arsenal médiatique inégalable vis-à-vis de ses rivaux même si le raccourcissement du mandat, les moyens internet et les réseaux sociaux exercent une pression plus grande sur lui que sur ces prédécesseurs.
Ensuite, parce que le chef de l’Etat également président de l’UMP est un formidable compétiteur politique et qu’il agit par séquence électoraliste. Il peut tout aussi bien jouer de la droite dure « populaire » pour reprendre les voix lepenistes captées à nouveau par Marine Le Pen ou tenter de reconquérir les classes moyennes en jouant la carte des PME et le petit commerce libéral. En cela, il fait preuve de pragmatisme et il est prêt à revenir sur ses options initiales, ce qui après tout peut s’avérer utile pour un homme politique si reconnait avoir été dans l’erreur.
En réalité l’issue du scrutin dépend de l’exploitation politique que son adversaire principal, François Hollande saura faire de ce désamour des Français et surtout de sa capacité à rendre crédible une alternative socialiste qui pourrait prendre l’allure d’un véritable changement de société s’il devait l’emporter dans la course à l’Elysée suivie dans la foulée par une Assemblée nationale de gauche. Dès lors – et la droite va en faire un thème de campagne – la France serait entièrement « rose » grâce au basculement du Sénat présidé depuis octobre dernier par le « hollandais », Jean-Pierre Bel et aux régions et la majorité des départements et des grandes villes détenus par les socialistes.
Depuis sa victoire à la primaire socialiste sur la première secrétaire du PS, Martine Aubry – une réussite démocratique indéniable avec 2,8 millions de votants – François Hollande a bénéficié d’une rampe de lancement hors norme. Il lui faut maintenant prouver qu’il possède l’envergure d’un président de la République. Il a pris habilement ses distances avec les Verts notamment sur la question du nucléaire. Il lui faut maintenant populariser son programme proche de celui du PS mais qui sur trois ou quatre points doit s’en séparer.
Il est grand temps que le candidat socialiste sorte du flou relatif qu’il a volontairement entretenu depuis sa désignation en octobre et qu’il se jette dans la campagne présidentielle proprement dite. Il aura une première occasion de s’imposer aux yeux des Français lors de son premier grand meeting de campagne le 4 janvier à Mérignac dans la banlieue de Bordeaux sur le thème majeur de l’emploi. Celui qui fut pendant plus de dix ans, l’un des chaînons incontournables des plus grandes décisions prises par François Mitterrand à l’Elysée puis par Lionel Jospin durant son quinquennat à Matignon et qui demeure le favori des sondages pour le deuxième tour de 2012 dispose pratiquement de toutes les cartes en mains. A lui de jouer avec ses plus proches compagnons comme Michel Sapin, Jérôme Cahuzac ou Manuel Valls qui auront un rôle majeur dans la campagne présidentielle.
Avec les deniers vœux présidentiels de son quinquennat ouvrant une perspective sur un éventuel second mandat à l’Elysée de Nicolas Sarkozy et l’entrée en matière rapide de François Hollande sur l’emploi dès les premiers jours de janvier la campagne présidentielle entre dans le dur. Les dix premières semaines de 2012 seront en effet décisives pour l’un comme pour l’autre. S’ils ne parviennent pas à s’imposer, les Français pourraient être tentés de regarder vers un troisième homme qui en est déjà à sa troisième tentative ou une troisième femme qui, fait exceptionnel, est partie si l’on en croit les sondages, à faire mieux que son père… en 2002 ?
François Gervais

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